Arabie saoudite : Une activiste, proche de Raif Badawi, libérée

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Arrêtée le 28 octobre 2014, Souad al-Shammari a passé 3 mois en prison avant d’être libérée le 29 janvier dernier.

Souad al-Shammari est bien connue en Arabie saoudite pour avoir cofondé avec, le désormais célèbre, Raif Badawi le forum ; «Liberal Saudi Network» destiné au débat public. Mais aussi pour sa lutte pour la libération de la femme saoudienne du système de la tutelle masculine. Elle a également pris part à des campagnes réclamant la fin de l’interdiction de conduire pour les femmes. Elle a été arrêtée après avoir publié sur Twitter des remarques concernant quelques dignitaires religieux et pour des commentaires jugés insultants envers l’islam. Selon Amnesty International, la défenseuse des droits des femmes et mère de six enfants «a été placée en détention sans inculpation le 28 octobre 2014 à l’issue de quatre heures d’interrogatoire au bureau des enquêtes et des poursuites judiciaires à Djedda. Le procureur général lui a alors dit qu’elle serait détenue en vue d’autres interrogatoires. La militante se trouvait dans la section pour femmes de la prison générale de Briman à Djedda. ».

Sa libération survient quelques jours après l’accession au trône du roi Salman qui succède à son demi-frère le roi Abdallah mort le 23 janvier dernier. Le nouveau roi avait alors annoncé une amnistie partielle pour certains prisonniers mais Souad affirme dans une interview accordée à l’AFP, que sa libération n’avait rien à avoir avec cette amnistie et que ce n’était que le fruit des négociations avec le régime. L’activiste déclare également qu’elle a dû s’engager par écrit à «réduire ses activités», à ne pas participer à des conférences «hostiles au gouvernement», à ne pas s'associer à «l'internationalisme libéral»  et à s'abstenir d'attaquer les institutions. «Je n'ai jamais fait cela et je ne le ferai jamais. Je m'oppose seulement aux abus de corruption qui affectent l'Etat, sa réputation et la dignité de ses citoyens», précise-t-elle.  

Une bonne nouvelle certes, mais qui ne présage pas forcément la libération prochaine de Raif Badawi. D’ailleurs Souad confie qu’il était peu probable que le blogueur ainsi que son avocat, Walid Abulkhair, condamné à 10 ans de prison ferme et 5 ans avec sursis, puissent bénéficier de la grâce du roi Salman. «Malheureusement, l'amnistie du roi a un certain nombre de conditions et ne concerne pas des prisonniers de conscience, des hommes politiques et des militants», regrette-elle. Malgré tout, la jeune femme se dit optimiste : «Les perspectives ne sont pas claires. Mais il y a une lueur d’espoir dans le roi Salman, le seul parmi ses frères à se soucier et à soutenir vraiment les médias, les écrivains et les faiseurs d’opinion».

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