Le Festival International de Carthage en crise?

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Fort de sa réputation Internationale, le Festival de Carthage proposera cet été sa 53ème édition composée de spectacles et de projections durant plus d’un mois à l’emblématique théâtre romain de Carthage.

S’il a été depuis des décennies le rendez-vous incontournable des Tunisiens, tous âges et tous niveaux sociaux et financiers confondus, grâce notamment à une programmation éclectique et diversifiée et des prix étudiés pour tous les budgets, depuis quelques années l’unanimité n’est plus au rendez-vous. Une programmation critiquée, des prix de plus en plus élevés, des soucis d’organisation etc. sans compter les directions successives contestées autant par les professionnels que par le grand public.

Au lendemain de la révolution, les attentes du public de Carthage étaient clairs sur ce qui devait être changé : une amélioration de la qualité de la programmation prenant tout de même en compte les soucis budgétaires et les besoins de rentabiliser le festival. Exit les starlettes libanaises des clips vidéos de Rotana. Il fallait redonner à Carthage ses lettres de noblesse.

Depuis 2011, de nombreux directeurs se sont succédé : de Samir Bel Hadj Yahia, à Fathi Kharrat, en passant par Mourad Sakli, Sonia M’Barek, Mohamed Zine El Abidine, et dernièrement Amel Moussa-démissionnaire et remplacée cette année par Mokhtar Rassaa.

Malgré des noms marquants comme Paco De Lucia, Salif Keita, Manu DiBango, Omar Khairat, Anouar Brahem, Youssou N’dour, Lauryn Hill etc. les critiques sont allées bon train sur la programmation.

L’édition 2016 a d’ailleurs été sujette à une vive polémique dans les médias et sur les réseaux sociaux. La programmation du Festival de Hammamet, saluée par un public jeune et friand de voir des artistes tels que Buika, Ibrahim Maalouf, Sidi Larbi Charkaoui etc. n’a fait qu’accentuer la déception du public du Festival International de Carthage.

Balti-Kafon-Armasta (Carthage 2015)

Malgré tout, le plus emblématiques des festivals tunisiens ne semble pas remonter la pente. Cette année encore et avant même le démarrage de la nouvelle édition et l’annonce de son contenu, la 53ème édition suscite déjà de violentes polémiques et est sujette à des scandales médiatiques. En mars dernier, la poétesse Amel Moussa, nommée directrice pour cette édition, annonce sa démission. Elle donnera à cet effet une conférence de presse pour expliquer les raisons de sa démission. La chercheuse universitaire se plaindra entre autres de l’ingérence du ministère des Affaires Culturelles dans ses choix et ses prises de décision. Amel Moussa sera remplacé au courant du mois de mars par Mokhtar Rassaa (ayant dirigé le festival en 1996 et 1997). Mais les inquiétudes du public quant à la réussite de cette édition ne s’arrêteront pas là.

A deux mois du festival, les artistes Riadh Fehri et Amel Mathlouthi annoncent publiquement que la direction vient d’annuler leur prestation sans motif valable et ce après avoir quasiment tout fixé (budget, date etc.). Les deux artistes, qui travaillent avec un nombre d’artistes de différentes nationalités, ont exprimé leur déception et le désarroi de devoir annoncer cela aux collaborateurs étrangers.

Pour Amel Mathlouthi, le mail annonçant l’annulation du spectacle évoque des restrictions budgétaires. Ce que l’artiste conteste puisque le prix a été fixé et validé, tout comme la date du spectacle (le 9 août 2017). Cependant, Amel Mathlouthi s’est dite prête à renégocier le budget s’il ne s’agissait que de cette raison.

Mes musiciens et moi même sommes extrêmement surpris et déçus de recevoir un tel message de la part du comité du…

Gepostet von Emel Mathlouthi am Mittwoch, 31. Mai 2017

Quant à Riadh Fehri, il semblerait que la balle de la décision de l’annulation soit entre le ministre des Affaires Culturelles, Mohamed Zine El Abidine, et le nouveau directeur, Mokhtar Rassaa. L’un d’eux serait derrière cette annulation de dernière minute.

Le Festival International de Carthage semble donc passer par une véritable crise, alimentée par de nombreuses rumeurs-vraies ou fausses-. Après avoir été relayée dans tous les médias,  l’information de la participation de Madonna ou encore de Charles Aznavour a été démentie par le Ministère des Affaires Culturelles. Mais ne dit-on pas qu’il n’y a pas de fumée sans feu ? Si la crise est décisionnaire, n’est-il pas temps de revoir l’organisation directionnelle d’un tel festival public ?