La vie à deux

0
2466

Quand on vit seul, on s’habitue à un certain confort, on a ses habitudes, ses repères. Mais il arrive un jour où on doit partager sa zone de confort avec quelqu’un et peut-être pour le restant de sa vie. Il s’avère que ce cap n’est pas du tout facile à franchir… En effet, on a beau être éperdument amoureux l’un de l’autre, quand il s’agit de partager son espace de vie, de laisser de côté un petit bout de sa liberté, on se rend compte que l’on s’aime un peu plus soi-même.

C’est alors qu’un bras de fer commence à s’installer doucement. Chacun a envie d’imposer ses propres règles, chacun se voit être le leader, chacun s’y prend d’une manière différente mais sans pour autant se remettre en question.

Témoignage

Imen, 33 ans, mariée depuis deux ans, nous raconte comment elle a vécu cette phase transitoire après avoir décidé de vivre avec son conjoint :

« Un an après l’avoir connu, nous avons décidé d’emménager ensemble. Etant tous deux de nature plutôt zen, je ne pensais pas que ça allait être aussi difficile. On a à peine tenu deux semaines, puis on a commencé à se chamailler et à s’énerver pour tout et n’importe quoi. Moi pour ses tics de rangement et ses remarques qu’il me lançait à tout bout de champ “Il y a une tache sur le verre, le lit n’est pas bien fait,…“, lui pour mon côté un peu bordélique, pour mes produits de beauté éparpillés un peu partout dans la salle de bain. J’ai fait exprès de choisir ces exemples-là pour vous expliquer à quel point on se disputait pour des futilités. A un moment je me suis rendue compte que même ses ronflements me devenaient insupportables ! Mais il faut dire que nous avons tous les deux vécu seuls avant de se connaître, et chacun d’entre nous était particulièrement attaché à ses propres habitudes. Ce qui a ensuite rendu les choses beaucoup moins évidentes. Moi je devais cuisiner, laver la vaisselle et le linge, lui il devait descendre la poubelle, faire les courses et préparer le café du matin. Sauf qu’au final, c’est moi qui faisais tout, et ça posait problème!
Le café on ne le buvait pas du tout, les courses on se les partageait, mais je descendais la poubelle, je lavais la vaisselle (et le linge bien sûr) et je cuisinais ! C’est là que nos petites querelles devenaient de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes. Jusqu’au jour où nous étions tous les deux fatigués (moi j’allais avoir mes règles et donc je m’enflammais pour un rien) et où une grande dispute s’est déclenchée à cause d’une goutte de liquide qui a coulé de la poubelle. Chacun a vidé son sac à sa manière, en criant bien sûr, aucun ne voulait écouter l’autre, on se détestait à ce moment-là. J’ai donc fini par sortir de la maison pour aller passer la nuit chez une amie tellement je ne supportais plus sa présence. Mais apparemment la nuit nous a porté conseil à tous les deux. Le lendemain, c’était un samedi, je suis rentrée à la maison. Je l’ai trouvé assis dans la cuisine. Il avait préparé le café. Et on a parlé. Longuement parlé et on a fini par comprendre qu’il fallait faire des concessions et que la survie de notre couple en dépendait. Depuis il a pris plus au sérieux ses tâches, il ronfle toujours mais j’ai su l’accepter. Moi, je fais des efforts pour être moins bordélique. En gros, chacun de nous s’est un peu “écrasé“ pour laisser de la place à l’autre. Mais surtout, chacun de nous a appris à accepter et à gérer les défauts de l’autre. Les petites querelles sont toujours là et la vie continue. Mais après cette histoire, j’ai compris une chose : je ne peux plus vivre seule, et surtout je ne peux plus vivre sans lui. C’est que quelque part, ça doit être ça l’amour. »

monica-and-chandler

Imen s’est mariée après neuf mois de cohabitation. Néanmoins tout le monde n’a pas sa chance. La majorité des Tunisiens découvre la vie commune après le mariage. La plupart sont habitués à ce qu’on cuisine pour eux, à ce qu’on repasse leurs vêtements… ce qui rend le compromis pour le partage des tâches plus compliqué.

Entre ensuite en jeu la gestion du budget de la maison. Qui paie les factures ? Qui paie le loyer ? Etc.

Il est clair que dans les deux cas, une période d’adaptation est de rigueur. Observer l’autre, connaître ses habitudes, ce qui le dérange, ce qu’il peut supporter… et en même temps faire un travail sur soi-même. Il faut apprendre à penser au bien du couple, il faut apprendre à penser pour deux. Ensuite des compromis devront être faits, et des règles fixées. Ces règles qu’on aura du mal à suivre au début deviendront naturellement des rituels du quotidien.

En gros, la clé est d’apprendre à accepter les défauts de l’autre et surtout à faire des concessions… mais pas trop, afin de garder un certain équilibre. Il faut aussi savoir qu’essayer d’imposer son propre mode de vie ne mène à rien sinon à l’échec du couple. Et que les concessions seront d’autant plus importantes au fil des années, les petits tics qui dérangeaient un peu deviendront probablement insupportables, mais c’est ce qui, au fond, fait le charme de la vie de couple, ce combat au quotidien.

Peace 🙂

marshall-and-lily