« Coïncidence », ou l’isolement comme thème principal dans la nouvelle pièce de Ghazi Zaghbani

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La nouvelle pièce de Ghazi Zaghbani s’intitule “Coïncidence” ou en arabe عقاب أحد. La pièce a joué en avant première les 17 et 18 décembre dernier. Elle jouera ce samedi 26 à l’espace L’Artisto à Tunis. La pièce met en scène Mohmmed Houssine Grayaa et Ghazi Zaghbani dans une adaptation de « The Zoo Story » d’Edward Albee. A l’origine « The Zoo Story » Dans le synopsis original l’histoire parle de Peter, cadre dans une maison d’édition, qui lit tranquillement sur un banc de parc lorsqu’il est apostrophé par Jerry, un homme qui s’impose à lui et insiste pour lui raconter sa journée de jeune bohème marginal et désœuvré. Peter écoute patiemment le récit de Jerry mais le ton monte entre les deux hommes lorsque Jerry insiste pour que Peter lui cède son banc… Dans le rôle de Peter, le public retrouve le metteur en scène Ghazi Zaghbani sous le prénom de Mouaffak. Quant Mohamed Houssine Grayya, il campe le rôle de l’intrus, Jerry, qui a pour prénom tunisien Farhat. Entre les deux, la discussion a tout l’air d’un « 7dith a7ad 3cheya », d’un dialogue d’un long dimanche après-midi.

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« Coïncidence », ou l’isolement comme thème principal Dans « Coïncidence », nous sommes au Belvédère, pas très loin du zoo mais sans singes ni pop corn. La pièce commence avec Mouaffak qui est assis. Il lit sur un banc. Farhat se rapproche de lui et commence à lui parler: « Je suis allé au zoo. Je suis allé au zoo. Hé monsieur, je suis allé au zoo ! »  Mouaffak réalise que le jeune homme essaie de lui parler. Farhat : Je suis allé au zoo, et puis je suis venu ici. Ça vous dérange si nous parlons? Mouaffak: Pourquoi ? … non, non ! Farhat: Je suis allé au zoo. Mouaffak: Oui, je pense que vous l’avez dit … Farhat: Vous allez lire à ce sujet dans les journaux demain, si vous ne le voyez pas sur votre télé ce soir. Cette phrase d’introduction nous balance dans le long récit de Farhat sur sa vie et celle de Mouaffak. Le jeune désœuvré pose de nombreuses questions à Mouaffak à propos de sa vie. Nous découvrons que ce dernier travaille pour une maison d’édition. Il a une femme, deux filles, deux chats et deux perruches. Et nous apprenons que Farhat vit dans une petite chambre dans une oukala. Il parle de ses voisins et de ses quelques possessions. De sa relation avec le chien de la voisine. Dans cette discussion entre les deux inconnus, plusieurs thèmes sont abordés : l’illusion et la réalité, l’isolement de certaines personnes, l’indifférence des classes sociales les unes envers les autres, le manque de communication entre les gens et la violence des rapports sont les sujets centraux de cette pièce. Le séquentiel comme méthode d’intensification La pièce ne dure qu’une heure de temps, mais elle est traitée sur plusieurs niveaux et en abordant différentes thématiques. Ghazi Zaghbani part de la répétition avec la phrase « j’ai été au zoo » qu’on entend 3 fois de suite au début. Le jeu s’intensifie au fil des scènes. Et c’est à travers la répétition des cycles isolement/intrusion que la pièce monte en crescendo  toujours autour de la question : « Qu’est ce qui s’est passé au Zoo » « Coïncidence » est une belle pièce de théâtre où il est beaucoup question de l’humain, de son rapport avec l’autre. Farhat nous donne une leçon de vie, en se présentant comme cette personne qui a passé sa vie à vouloir établir des contacts…même avec un chien. Un homme solitaire qui a toujours tout réglé dans sa vie en jouant à l’illusion : illusion de l’amour, illusion de l’amitié, illusion d’intérêt etc. Un homme solitaire, mais qui à la fin, a réussi à établir un seul et vrai contact humain avec Mouaffak, l’homme de lettres, l’homme qui était au premier abord indifférent à son entourage.]]>