L’attouchement sexuel, l’agression sexuelle verbale ou physique, le viol ou la tentative de viol, toutes ces expériences traumatisantes sont souvent passées sous silence dans notre société et même ailleurs. Le poids de la honte, la pression de la famille, la culpabilisation et de nombreux facteurs font qu’aujourd’hui encore, la victime d’une agression sexuelle peut très vite se retrouver pointée du doigt. Et l’on oublie qu’à côté de tout ce qui gravite autour du drame, la victime souffre physiquement mais surtout psychologiquement. La plus classique conséquence étant le syndrome post-traumatique.

Dr Meriam Mahbouli Mahjoub, psychothérapeute et psychiatre, nous explique les symptômes de ce syndrome, comment le gérer, et surtout que faire après un viol pour ne pas sombrer.

Femmes de Tunisie: Lorsqu’une personne est victime de viol ou d’agression sexuelle, quels genres de traumatismes peut-elle vivre après coup?

Dr Meriam Mahbouli Mahjoub: Les conséquences des agressions sexuelles peuvent être dramatiques, immédiates  et sur le long terme. Dans les suites directes, la personne peut connaître des crises d’angoisses sévères, un état de choc, des cauchemars, des reviviscences de la scène, un dysfonctionnement social et professionnel important.

F.D.T: Quels sont les symptômes du syndrome post-traumatique en cas d’agression?

Dr M.M.M: Plusieurs mois après, voire plusieurs années plus tard, la victime peut développer des dépressions, des troubles anxieux, des troubles graves du sommeil, une grande méfiance vis-à-vis d’autrui, des blocages sexuels, des somatisations. Les images de la scène traumatique peuvent revenir à tout moment.

F.D.T: Comment pallier à ce traumatisme au quotidien?

Dr M.M.M: Il est nécessaire de faire un « debriefing » immédiat qui sera effectué par un professionnel de la santé mentale et d’établir un accompagnement psychologique pendant au moins les premières semaines après l’agression.

F.D.T: Quand est-ce qu’une thérapie est-elle nécessaire? Que choisir: psychologue ou psychiatre? 

Dr M.M.M: Si les symptômes de stress post-traumatique ne s’apaisent pas, s’aggravent ou évoluent vers une pathologie psychiatrique : dépression, troubles graves du sommeil, troubles anxieux sévères, il est important que la victime soit prise en charge par un psychiatre.

F.D.T: Quel est le rôle de l’entourage et comment doit-il se comporter avec une victime d’agression ou de viol?

Dr M.M.M: L’entourage de la victime a un rôle très important dans l’amélioration de son état psychologique. L’écoute et la compréhension sont très salvatrices. Il est important de ne pas banaliser l’agression sexuelle et surtout de ne pas culpabiliser la victime. Il faut respecter le silence également de la personne agressée et ne pas être trop intrusif ni curieux de ce qui s’est passé car cela peut aggraver le sentiment de honte qui peut exister. Le fait de porter plainte et de soutenir la victime dans cette démarche est nécessaire afin que justice soit faite et que l’apaisement soit obtenu.

F.D.T: Briser le silence: est-il important d’en parler? A qui, quand, comment?

Dr M.M.M: Les victimes d’agressions sexuelles doivent pouvoir briser le silence, en parler aux personnes qui leurs sont proches, avoir confiance ne portant plainte. Cela nécessite une sensibilisation de l’opinion publique à ces drames quotidiens et un cadre légal soutenant pour ces nombreuses victimes dans notre pays. Certaines victimes choisissent d’en faire un combat personnel et choisissent de médiatiser leur histoire, cela peut être réparateur pour elles mais il faut que ce soit leurs choix. Exposer les faits à leur insu et les rendre publics peut aggraver leur souffrance et leur sentiments d’être déshumanisées.

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