« Alhakom Attakathor »: Oui mais…quelqu’un est-il allé voir la pièce chorégraphique?

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Depuis quelques jours la polémique bat son plein au 27 avenue de Paris. La nouvelle pièce théâtrale dansante de Nejib Khalfallah risque-elle de subir une « fausse couche » avant de voir son œuvre se jouer ?

« Alhakom attakathourou » est le titre de la pièce en arabe, « Fausse couche » est celui en français. La création a été jouée les 11 et 12 février 2017 derniers à la salle du 4ème art à Tunis. Rien d’alarmant jusque-là. Les habituels présents ont assisté à la pièce : les amoureux de la danse, les passionnés de l’art, les chorégraphes, les danseurs et les quelques curieux qui étaient là par hasard. Premiers retours des spectateurs : une belle pièce chorégraphique, un travail mené jusqu’au bout, un ensemble réussi. Le prochain cycle est prévu pour le week-end du 25 février. Mais entre les deux cycles la polémique éclate.

L’affiche de la pièce qui décore la devanture de 4ème art à l’Avenue de Paris choque et interpelle. « Alhakom attakathourou », un verset coranique, n’a pas à être sur l’affiche d’une création, qui plus est dansante. L’affiche d’à côté dérange autant : celle de la pièce de théâtre « Dès que je t’ai vu » met en image la photo d’un couple s’embrassant. Selon le syndicat des imams et des agents de mosquées, il s’agit d’un fait très grave, d’une pure provocation pour les musulmans.

Depuis vendredi, les faits s’enchaînent. L’ancien imam de la mosquée Sidi Lakhmi à Sfax, Ridha Jouadi, a appelé le procureur de la République, les députés et l’Etat à interdire l’affiche de « Fausse Couche ». Samedi, Nejib Khalfallah déclare que le nom de la pièce en arabe sera changé et qu’il garde celui en français. Selon le metteur en scène, loin de lui l’idée de la provocation et du buzz.

Dans l’attente du communiqué du Théâtre National Tunisien, les internautes se déchaînent. Entre ceux qui insultent les artistes, le metteur en scène, le théâtre et tous les arts et ceux qui sont déçus par le manque de résistance des concernés, les clashs vont bon train.

https://www.facebook.com/Le-4%C3%A8me-Art-155537287880302/?fref=ts

Oui mais de quoi parle « Fausse couche »?

ألهاكم التّكاثر
ألهاكم التّناحر
ألهاكم التّسابب
ألهاكم التّهافت

عن الرّقي بالبلاد ، عن المصلحة العامّة

هذا العمل يعكس صورة مجتمعنا في هذه الفترة الانتقالية. ينقل آمالنا الموؤودة. حيث ساد منطق التّهافتع على الغنائم وغاب منطق المواطنة والرّقيّ. من حركة سلسة، إيجابيّة، نمرّ إلى تعبير عن القلق والخراب والصّراع من أجل البقاء.

الرّكح كموقع لإدراك الوعي، للتّموقع في « الآن وهنا ».

من أجل يوم عالمي لوقف إطلاق النّار…

Nous dit la présentation de la pièce. Et si la création allait dans le sens du verset ? Et si l’œuvre en soit ne se moquait point de la religion ? Et si la danse invitait à la réflexion sur le même contenu du verset ?

« Alhakom Attakathourou » Alhakom pour dire que « cela vous a éloigné », « Attakathourou » pour dire les choses de la vie : l’argent, les enfants, les envies. Toutes ces choses qui vous ont éloigné de Dieu, est donc le sens de ce verset!

Dans « Fausse Couche » n’est-il pas question de « course au butin, de discorde, de fuite en avant et d’arrivisme qui ont pris le pas sur la citoyenneté » comme l’explique le texte introductif ? N’est-il pas question de dénonciation de tous les vices contraires à la religion?

N’y-a-t-il pas lieu maintenant de dépasser l’affiche et de discuter du contenu ? Le rendez-vous est donné le week-end prochain pour ceux qui veulent débattre sereinement en connaissance de cause. « Fausse Couche » sera jouée au 4ème art ! Et si telle polémique pouvait servir à quelque chose, qu’elle serve au moins à ramener du public, qu’elle serve à ce que les Tunisiens fassent enfin la connaissance de la danse et des chaises rouges. Celles-là mêmes que beaucoup continuent de critiquer depuis leur chaise du salon.