Originales, étranges, saisissantes… Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les œuvres d’Aïcha Snoussi. Que l’on adhère ou non à son univers singulier, une chose est sûre c’est que l’on ne peut rester insensible à son talent ni à son souci du détail. Portrait de cette jeune artiste unique en son genre.

Pénétrer l’univers d’Aïcha Snoussi c’est accepter d’abandonner ses repères pour découvrir un monde où le temps et l’espace n’ont plus de prise sur le réel et dans lequel la beauté dévoile sa face cachée, à la fois sombre et captivante. L’artiste y explore sans relâche le charnel, au fondement de ce qu’elle nomme son « musée des obsessions » et dans lequel le sexe, la science et le mysticisme se heurtent et se confondent. Maniant le feutre tel un
scalpel, Aïcha Snoussi dissèque et torture, coup et charcute les corps pour mettre à nu leur beauté intérieure.

Fluctuat Nec Mergitur, fresque in situ, Le Plug, Kobbet Lahwé, La Marsa, 2013. @Rim Temimi

Cette fascination pour l’anomalie, le difforme et l’ambigüité qu’elle célèbre dans ses œuvres, prend sa source dans la martyrologie judéo-chrétienne, les pratiques sado-masochistes et dans ses lectures de Sade, Lautréamont et Bataille. Au fil des années et des expériences (de ses premiers dessins à son master en Arts de l’image et du Vivant à la Sorbonne, en passant par les beaux-Arts de Tunis), son univers s’est enrichi d’inspirations riches et variées comme le Christ décharné de Matthias Grünewald et Nicolas de Haguenau, les livres d’alchimie arabe, les freak shows, les peintures de Jérôme Bosch, la prose d’Artaud, les planches d’imagerie médicale et les machines rétro-futuristes, pour n’en citer que quelques unes.

ECCE HOMO (détail) Fresque In situ, encre sur toile et mur, 345cm X1500cm, Exposition +216, Friche Belle de Mai, Marseille, 2015, @Jean-Luc Cougy
Gardnerella, encre permanent sur mur, Tunisia The new picture, Ambassade de Tunisie, Londres, 2016

Des cahiers d’écoliers qui composent son encyclopédie d’anti-savoir, aux fresques réalisées sur les murs de Kobbet Lahwé à La Marsa et l’exposition Golgotha à la galerie A. Gorgi, son expérience du dessin se fait à vif, dans un dialogue constant avec le lieu d’exposition. Dernièrement, Aïcha Snoussi a présenté son Livre des Anomalies au Grand Palais à l’occasion de l’évènement Art Paris Art Fair et continue de le façonner, expérimentant les possibilités de cette encyclopédie non conventionnelle jusqu’à « y trouver un trésor ou rien du tout ».

Le livre des anomalies – كتاب الشذوذ – encre sur cahiers d’écoliers – 22 x 33 x ∞, 2017
Le livre des anomalies – كتاب الشذوذ – encre sur cahiers d’écoliers – 22 x 33 x ∞, 2017

Texte : Noémie Zyla