Elles sont tunisiennes et ont marqué à jamais l’Histoire de notre pays. Leur travail et leurs engagements ont profondément changé la société et pourtant aucune rue ne porte leur nom. Ce sont les oubliées de la Tunisie.

Cet article est inspiré de Salah Horchani qui, le 17 mars 2014, a lancé un appel sur son blog (Médiapart) pour qu’il y ait une rue de La Goulette au nom de Gisèle Halimi. Femmes de Tunisie a donc décidé de reprendre l’initiative et d’établir une liste de toutes ces grandes âmes qui ont œuvré pour la Tunisie, la voici:

-Aroua la Kerouanaise (VIIIème siècle)

On lui doit le fameux contrat de mariage kairouanais qui institua au VIII la monogamie entre époux. A l’origine de cette petite révolution, les exigences d’Aroua face à la demande en mariage d’un Calife Al Mansûr. En effet, la belle kairouanaise acceptait de l’épouser uniquement s’il consentait à signer un contrat faisant d’elle son unique épouse. Follement amoureux, le calife accepta la condition. Dix siècles plus tard, la monogamie est inscrite dans le Code du Statut Personnel, sous la présidence de Habib Bourguiba.

-Lella Manoubia (1180-1257)

Considérée comme la Sainte de Tunis, Lella Manoubia a révolutionné l’image de la femme tunisienne au XIIIème siècle. Elle refusa le mariage organisé par ses parents et se consacra à la science ainsi qu’à la méditation. Selon les témoignages, la sainte se promenait la tête découverte et prêchait la bonne parole auprès des hommes. Par ailleurs, elle défendait un islam intellectuel et éclairé, inspiré du soufisme. La Sainte est la 1ère femme à avoir accédé aux conseils des notables de Tunis. C’est grâce à cette fonction qu’elle a réussi à rapprocher les citadins des habitants des zones rurales et à réduire le clivage des sexes, très présent à l’époque.

Lella Manoubia a inspiré le récit « Manâqib » rédigé par un imam prédicateur de la mosquée de la Manouba et qui relate ses prodiges et vertues. De même, Abou Al Hassan Chadhli, fondateur de la Chadiliyya, lui attribua le titre de « Califat spirituel». En 2012, son mausolée ainsi que plusieurs autres lieux soufis ont été incendié par des extrémistes. 

 

-Habiba Msika (1893-1930)

Elle n’aura vécu que 27 ans mais cela aura suffit à l’inscrire dans l’Histoire de la Tunisie comme la chanteuse, danseuse et comédienne qui fut un véritable phénomène de société. Surnommée « la belle des belles », Habiba Msika s’est imposée comme la première chanteuse solo dans une société très traditionnaliste. Coco Chanel dira d’elle « Habiba est un tempérament de feu sous ses grâces d’orientale. Elle imposera Paris en Afrique du Nord.» Habiba Msika était le symbole de la femme libre, outre ses multiples amants, le baiser qu’elle échangea avec une actrice lors d’une représentation théâtrale déclencha une véritable émeute. Cette indépendance d’esprit l’attirera vers une fin tragique puisqu’elle fut brûlée vive par un amant trop jaloux.

Tawhida Ben Cheikh (1909-2010)

Tawhida Ben Cheikh est la première femme à avoir exercer dès 1936 la médecine, la pédiatrie et la gynécologie dans le monde arabe. Egalement grande figure du féminisme, elle participa à l’action du Club de la jeune fille tunisienne et de l’Union des femmes musulmanes puis devint en 1937 la rédactrice en chef de la revue Leïla, le premier magazine féminin tunisien. Par la suite, Tawhida Ben Cheikh a dirigé les services gynécologiques et obstétriques de l’hôpital Charles Nicolle et Aziza Ottoman, avant de prendre sa retraire en 1967.

Tawhida est aussi la première femme médecin à avoir siégé au Conseil National de l’Ordre des Médecins, en 1959.Trois ans plus tard, elle est élue vice-présidente du conseil. Grâce à son influence, elle fonda le premier service hospitalien du planning familial (dont elle prit la direction à partir de 1970) ainsi que la première clinique spécialisée dans le contrôle des naissances.

-Gisèle Halimi (1927-…)

Née en France de parents juifs tunisiens, l’engagement de Gisèle Halimi s’est exporté au delà des frontières de l’hexagone. Le combat de celle qui devriendra l’une des plus grandes féministes de son temps a commencé dès l’âge de 13 ans, lorsqu’elle entama une grève de la faim pour ne plus être obligée de faire le lit de son frère. Avocate de profession, Gisèle n’a cessé de se battre pour le droit des femmes dont le droit à l’avortement et la reconnaissance du viol en tant que crime. Cet engagement s’est concrétisé par la signature en 1971 du Manifeste des 343 visant à réclamer le libre accès aux moyens anticonceptionnels et à l’avortement. Dix ans plus tard, elle est élue député à l’Assemblée Nationale française ou elle siègera pendant 3 ans. En 1998 elle cofonde ATTAC, une assiociation altermondialiste qui oeuvre pour la taxation des transactions au profit des citoyens. Décorée à 3 reprises par l’Etat français, Gisèle Halimi n’a reçu pour le moment aucun hommage de son pays d’origine.

-Cherifa Messaadi 

Nous connaissons peu de choses sur la vie de Cherifa Messaadi. Toutefois son titre de première et unique femme élue membre du bureau exécutif de l’UGTT en 1951 suffit pour la placer dans cet article.

-Khaoula Rachidi (1987-…)

Elle est l’un des emblèmes de la Révolution et de la lutte contre l’extrêmisme religieux. Souvenez-vous, le 07 mars 2012, la jeune étudiante en littérature française s’était opposée à un salafiste, sur le point de remplacer le drapeau national du toit de l’Université de Lettres de la Manouba par un étendard religieux. Khaoula s’en était sortie avec de nombreuses ecchymoses qui lui valurent 1 semaine s’arrêt maladie. Courageuse jusqu’au bout, elle avait reffusé de quitter les lieux tant que le drapeau national n’était pas remis à sa place. La scène, filmée à partir de téléphones portables, avait fait le tour du web et fit de Khaoula Rachidi l’héroïne de la Révolution.

ET SI VOUS METTIEZ VOTRE GRAIN DE SEL ?